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mardi 31 mars 2009

Refuge

« Paris est un formidable lieu d'émancipation, mais c'est aussi une ville qui broie. » Franck Lopez est le délégué régional pour l'Ile-de-France du Refuge, une association qui accompagne les jeunes homosexuels en situation de rupture familiale. Implantée depuis 2003 à Montpellier, la structure vient d'ouvrir une permanence à Paris. Chaque mardi, une équipe de bénévoles reçoit et écoute jeunes garçons et filles, âgés de 18 à 25 ans et isolés du fait de leur homosexualité. « Nous recevons 300 demandes d'hébergement par an, note Nicolas Noguier, le président. La moitié vient de jeunes Franciliens. C'est pour cela que nous avons décidé de nous implanter ici, dans un premier temps par le biais d'une permanence. Leurs parcours sont très durs, souvent ponctués de périodes d'errance et de prostitution, ainsi que de prises de risque vis-à-vis du VIH. »

David, 23 ans, a quitté son village des Deux-Sèvres alors qu'il était tout juste majeur : « Mes parents ne m'acceptaient pas. Et je croyais que ce serait plus facile de vivre dans une grande ville, que l'homosexualité était mieux vue qu'à la campagne. » Nicolas Noguier confirme l'attrait de la capitale pour les jeunes gays de province. « Le problème, c'est que leur point d'ancrage à Paris n'est pas forcément solide, décrypte le président du Refuge. Du coup, ils décrochent et se retrouvent isolés. » Pour David, le décrochage a vite pris la forme d'un enchaînement de galères : « Je me faisais héberger par des mecs qui en échange voulaient du sexe. J'en suis sorti grâce au Refuge, qui m'a hébergé à Montpellier pendant deux mois. Mais depuis mon retour à Paris, je suis retombé dans la prostitution. »

Il y a un mois, Pedro a lui aussi fui une famille « rejetante », comme disent les bénévoles du Refuge. A 17 ans à peine, il a vadrouillé d'une adresse à l'autre avant de s'installer chez une amie, à Drancy (93). Où le frêle jeune homme s'est trouvé confronté à un autre obstacle : « Il y a une vraie homophobie dans la cité. Quand je sors, c'est la peur au ventre. » Pedro a laissé un message, il y a quelques semaines, sur le portable du Refuge. « Ils m'ont conseillé, écouté. Aujourd'hui, je voudrais trouver une formation, un logement, me sentir chez moi. »

Le Refuge, qui dispose de six appartements-relais à Montpellier, n'a pas encore d'hébergement à proposer aux jeunes comme David ou Pedro. « Nous sommes en discussion avec la région, nous avons bon espoir », confie Nicolas Noguier. En attendant, l'association planche sur une autre idée : la création d'une permanence destinée aux familles.

Lisa MARTIN

lundi 16 mars 2009

Email envoyé à une amie suite à un desaccord sur le mariage gay

Salut, je voulais te dire qu'hier soir, tes propos contre le mariage et l'adoption par les gays m'ont choqué et ce, en plusieurs points :

- du coté des gays, c'est une revendication universaliste et républicaine pour l'égalité qui est demandée pour participer à la construction du droit commun que veut notre société et pour sortir un peu du communautarisme tel qu'il existe aujourd'hui.

- Historiquement et comme le rappelle plusieurs textes nationaux et internationaux (Constitution, Déclaration universelle des droits de l’homme et Convention européenne), le mariage est un droit fondamental. Son concept est de consacrer socialement l'union de deux personnes ayant comme but la solidarité réciproque sur la base de l'affection mutuelle

- tu ne dois pas interpréter la revendication du mariage pour les gays et les lesbiennes comme une volonté d'imitation. Une fois de plus ce mouvement prend source au niveau historique dans l'évolution du contexte social dans lequel nous vivons tous. Il suffit de se rappeler de droit de mariage pour les esclaves, la fin de l’interdiction du mariage des infidèles, la légalisation des unions mixtes ou interconfessionnelles et les conquêtes pour l’égalité des femmes à l’intérieur du ménage…

Chez nos collègues américains, les arguments avancés contre le mariage homosexuel véhiculent les mêmes peurs et les mêmes préjugés que ceux utilisés aux États-Unis pour interdire le mariage interracial. Ce n’est qu’en 1967 que la Cour suprême déclara cette interdiction contraire à la Constitution américaine. Vingt-six ans plus tard, la Cour suprême de l’État de Hawaï a estimé, dans l’affaire Baehr vs. Lewin, que le refus du droit au mariage pour un couple homosexuel constitue une discrimination arbitraire. Plus récemment, les cours de l’Ontario, de la Colombie-Britannique et du Québec ainsi que la Cour suprême du Massachusetts se sont également prononcées en faveur de l’élargissement du mariage aux couples de même sexe. En Europe, deux pays, les Pays-Bas et la Belgique, disposent déjà d’une loi autorisant le mariage gay, et la Suède est prête à le faire dans un avenir proche.

En se basant sur ce contexte conservateur latent existant aujourd’hui, le refus du mariage gay se traduit aussi par une idée du mariage plus proche du sacrement que du contrat civil.

Tu es assez au courant aussi pour savoir qu’il n’existe aucun argument juridique contre le mariage homosexuel.

Si tu te bases (comme tu l’as fait hier soir), sur l’ordre naturel, symbolique, ou religieux, pour refuser le mariage gay, c’est simplement de la même manière qu’on le fit pour condamner l’union des infidèles, pour interdire les mariages mixtes ou pour justifier la domination des femmes. Il ne faut pas que tu oublies que lorsque Jean Paul II ou George Bush s’opposent au mariage homosexuel, c’est en invoquant la destinée reproductive de l’union sacrée entre un homme et une femme qu’ils le font. Or, c’est ce que j’ai compris venant de toi.

C’est grâce à la Révolution que le mariage est devenu laïque. À partir de ce moment, le mariage s’est retrouvé sous la coupe de la République et non plus sous la dominance de l’Église.

Voilà ce que je voulais te dire et ce à quoi j’adhère.

Tu es peut-être ouverte d'esprit mais tu restes conservatrice (telle une Bree Van De Kamp)... Je ne veux pas que tu te remettes en question mais objectivement je pense que tu devrais revoir ton jugement sur la situation.

à travers ce mail, je ne veux absolument pas te contrarier ni nous mettre en porte à faux.

bon courage pour la suite et à la semaine prochaine.

bizzx. Matthieu